mercredi 24 février 2016

La cause du peuple de Janvier-Février

Sommaire :

Lutte de classe
Chronique BTP : Sortons nos outils ! (p.3)
Une journée dans un bloc opératoire (p.4)
Brèves ouvrières (p.6)
Prison ferme pour les Goodyear (p.6)

Résistances
Etat d’Urgence : subir ou combattre (p.7)
Manif contre l’Etat d’Urgence (p.7)

International
Vive la 3ème intifada du peuple palestinien ! (p.8)
Conférence sur la lutte du peuple kurde (p.9)
Inde : Free Saibaba ! (p.9)

Culture
Ecrasés par leurs mots (p.10)
Une jeunesse allemande (p.11)
Gueules noires et mains sales (p.12)


Cliquer sur la photographie ci-dessous pour lire l'édito :
 


https://drive.google.com/file/d/0B3pQ9u28cU2CMnBXcW1MdzBERFk/view?usp=sharing

dimanche 21 février 2016

Coup de gueule d’un clermontois.

C'était un beau matin que le cœur plein d'entrain je sortais de chez moi, une belle journée se profilait à l'horizon. Enfin quoi ! On n'est pas obligé de penser tout le temps aux difficultés que le présent et l'avenir nous réservent, cet avenir que les puissants se sont réservés le droit de choisir pour nous : état d'urgence et montée du fascisme, dégradation des conditions de travail et fins de mois de plus en plus difficiles. Tout cela m'importait guère ce jour-là, c'était une de ces rares journées d’innocence et de bonheur que la vie m'offre jalousement. Que Clermont allait être belle ! Quelle erreur j'ai faite de croire brièvement que ça allait durer ! La réalité m'a très vite rattrapé...

Lorsqu'on relève son courrier, ce ne sont rarement des bonnes nouvelles qui nous tombent sur le coin du nez. C'est un lourd quotidien, usant mais il reste quotidien. Je sais que je dois payer mes impôts, mes factures, mon loyer, EDF, ma taxe d'habitation, le téléphone, internet. C'est éreintant ! Et le vase semble au bord du débordement à chaque seconde, mais je tiens le coup. Je garde patience, cette patience que nous sommes tous tenus de tenir sans quoi les foudres de la colère des bourgeois s'abattront sur nous. Je ne fous pas le feu, je tente tant bien que mal de vivre sans trop me plaindre. Bref, c'est comme ça, la vie ne nous fait pas de cadeau dans le système capitaliste. Les puissants ne  veulent de nous que comme de dociles producteurs et consommateurs, des vaches à lait qu'ils traient tous les jours au fruit de notre labeur et de notre faim. Ce sont nos soucis et notre lot quotidiens qui de jour en jour nous blanchissent les cheveux et nous usent le corps.

Mais parfois, le vase déborde.

Pire que l'exploitation quotidienne et insupportable, c'est le dédain et le manque de respect dont les représentants de l'ordre bourgeois font preuve à l'encontre de ceux et celles  qu'ils dominent, nous, le peuple.
Ces flics qui se pavanent à nos frais, roulant des épaules, prêts à dégainer leurs gadgets de la mort, lorsqu'ils ne sont pas occupés à humilier, tabasser et tuer nos frères et nos sœurs. En plus, on serait tenu de les respecter ces bâtards, ces chiens, décomplexés, qui exhibent fièrement leur laisse et leur crocs. Passons, bien que les dents se serrent et que les poils hérissent sur le dos à chacun de leur passage, on tient le coup.
Et ces bourgeois qui gaspillent le fruit de notre labeur, dilapident des liasses de billets dans des caprices d'enfants gâtés, pour montrer leur supériorité à la face du monde qu'ils asservissent. Qui n'a pas rêvé de leur reprendre ce qu'ils nous ont volé, mais là encore on tient le coup.
Et ces ministres et ces politicards qui endorment notre colère avec des belles phrases et des belles promesses sur les prétendues améliorations du capitalisme. Ces représentants de l'ordre bourgeois cachent dans leurs douces paroles des idées aussi tranchantes que des sabres. Comme les autres, ils nous enseignent la soumission et parfois la haine de nos frères. Ils nous font croire à une pluralité des “opinions” qu'ils représentent, mais ils restent les défenseurs des privilégiés que sont les patrons.

Ce matin, un de ces endormeurs a encore frappé.
Ce matin j'ai eu le malheur de vérifier mon courrier. Voici que sous mes yeux, se dresse une adresse aux clermontois et clermontoises, signée du Maire Mr Olivier Bianchi. Beaucoup de mes “concitoyens” (comme diraient les autres) déclareront que les représentants locaux, ce n'est pas pareil : ils ont la proximité avec le peuple, ils veulent vraiment améliorer la situation de leur ville et cetera, et cetera. A mes amis ! Que l’insouciance est belle ! Sauf lorsqu'elle nous pousse à faire des erreurs de jugement dommageables. Ne confondons pas changement de la nature des choses avec le changement d'échelle. Un gros et un petit con ont en commun d'être tous les deux des connards, la différence réside dans la portée de la connerie. Un maire reste un représentant de l'ordre qu'il essaie de gérer. Je veux bien admettre qu'il y ait également des différences au niveau de la sincérité également, mais qu'importe ! Le résultat reste le même : la stabilisation d'un système invivable, la pérennisation des structures sociales. Chacun doit garder sa place : les bourgeois dans les villas et les prolos au travail. Il est d'autant plus criminel pour un élément issu du peuple et conscient de la nécessité de transformer la société, de se placer du côté du pouvoir et des opulents, en tentant de transformer le système à son échelle, car c'est leur offrir sur un plateau d'argent la vivacité et la créativité du bouillonnement issu de la révolte, plutôt que de les mettre au service d'une véritable transformation de la société ; car c'est faire croire aux exploités à leur salut dans le changement institutionnel, c'est créer le lien entre la bourgeoisie et le prolétariat, c'est servir l'ordre bourgeois.
Mais je m'égare, Bianchi n'appartient pas à cette graine-là, Bianchi est une créature de ce système. Mossieur le Maire a toujours été de la « politique », quand il était jeune il était cadre de l'UNEF, un syndicat étudiant qui sert depuis longtemps d'ascenseur vers la carrière politique, notamment au PS, ce dont a tiré profit Olivier. Mossieur le Maire n'a jamais véritablement travaillé, quand celui-ci est parti de la fac, il a tout de suite servi dans l'administration municipale. La « politique » c'est sa prédilection, le domaine de la culture c'est son dada. En l'an de grâce 2014, messire Serges Godard, maire depuis 17 ans, était comblé et devenait âgé, il sentait la fin de son règne arriver. Il choisit comme successeur son éminence grise qui fut reconnu maire par la famille politique locale à la suite des élections municipales.


Un pacte?
Après 2 ans de mandats, Mossieur le Maire nous propose/impose un “pacte de solidarité et de développement”. Pour avoir un pacte, il faut que les deux parties aient quelque chose à offrir, une des deux plus que l'autre. C'est pour cela que Mossieur s'adresse à nous : il veut de nous quelque chose... et il nous demande de faire des efforts parce qu'il sait que ça va nous faire chier et il appelle ça un “effort fiscal”, c'est à dire – il n'en parle qu'à la troisième page – une augmentation de 9% de la fiscalité !
Alors quoi ! On ne paie déjà pas assez ? Il faut toujours plus ! Ces impôts, tous les clermontois paient la même choses, mais pas de la même manière. Il n'y a pas plus inégalitaire que l'impôt qui représente la même somme pour tous. Riche ou pauvre, pas de différence devant cette fiscalité, tu paieras la taxe d'habitation, qu'importent tes conditions de vie et tes fins de mois. Pour un bourgeois, c'est une goutte d'eau dans l'océan de ses ressources, pour nous autres, travailleurs, c'est la différence qui fait que tu n'aies pas de quoi acheter des vêtements satisfaisants à tes enfants ou que tu doives manger des nouilles à presque tous les repas. En claire, une taxe d'habitation peut nous mettre dans la merde chaque année.
Bien sûr, Mossieur le représentant de la ville, dans sa lettre, dresse un joli bilan du début de son mandat. Notre argent serait géré “rigoureusement” et avec “sobriété” de ses propres mots, il ne parle sans doute pas de la sobriété des buffets où nos représentants aiment tellement s’abreuver et se délecter. Il regrette la situation budgétaire de la ville dut au désinvestissent de l’État, lui-même géré par le PS, la même famille politique que Mossieur le Maire. Il nous prend par les sentiments, nous parle de nos enfants, des associations, de la culture, de la solidarité, en effet de nobles causes qui cachent la véritable nature de la politique municipale.
Le flou est palpable sur la question économique, “investir, c'est aussi soutenir l'économie de demain” nous dit-il, Mossieur se fait défenseur de l'emploi. Emploi est le terme employé, “entreprise” serait le plus approprié. Cette politique n'est en aucun cas tournée vers les travailleurs, mais vers les patrons qui se voient accorder des privilèges. La firme transnationale Michelin connaît depuis toujours une certaine complaisance, très marquée de la part des responsables de la ville. Ceux-ci ont, dans le cadre de ce grand “effort fiscal”, avec le Maire en tête, décidé d'offrir de l'argent au géant du pneu au nom de son rôle historique dans le développement de Clermont-Ferrand. Michelin a depuis les débuts tiré sa richesse de la sueur, du sang et des larmes des travailleurs clermontois, Michelin a tiré profit de sa collaboration durant l'occupation, le Michelin colonial en Indochine, ce même Michelin qui a étendu son exploitation à l'échelle de la planète fermant ainsi les usines une à une quand il n'en a pas besoin. D'un côté, des clermontois paient les dépenses municipales, de l'autre les grosses firmes peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Et Mossieur le Maire parle de “justice financière” ! Par dessus le marché, ça ose parler de modernité et d'innovation, alors que c'est la même idéologie, à la même sauce qu'on nous sert.
Mais je m'emporte, car le Maire est quand même très engagé contre les inégalités, celui-ci s'engage à ce qu'une infamie cesse tout de suite. Celle-ci, il la dénonce avec vigueur : les clermontois financent seuls des équipements et des projets qui profitent à toute l'agglomération. Pensez-vous chers lecteurs qu'il parle des bourges suspendus sur les collines de Chamalière, ou qui se prélassent dans les stations de Royat ? Sûrement pas ! C'est surtout pas aux riches de payer, car la ville aurait besoin d'investisseurs, c'est toujours à la masse la moins en capacité de payer qui doit le faire.
Vous vous en doutés, la municipalité de Clermont n'est pas une grande défenseuse des nécessiteux mais plutôt des “bonnes gens”. Elle entend bien défendre leur tranquillité pour que ceux-ci n'est pas à s'inquiéter. C'est à dire comme il est précisé dans la lettre de Mossieur : nos impôts locaux serviront au financement de caméras de surveillance et à la mise en service de nouveaux flics municipaux. Mossieur le Maire fait l'une de ses priorité de lutter contre la “délinquance”. Depuis quand des flics patrouilleurs seraient un signe de tranquillité pour tous ? Bianchi veut, comme le proposent les autres réactionnaires à la sauce Brennas, encore plus nous faire espionner et encore plus de cow boy dans nos rues et il ose parler de “volonté déterminée d'être toujours plus proche de vous”. Si y'a quelque chose que je déteste plus que le manque de respect, c'est la mauvaise foi ! Et merde, qu'est-ce que ce torchon reçu dans nos boîtes aux lettres suinte et déborde de mauvaise foi !

 

Allez-vous croire un homme qui juste après nous avoir parler de concertation de travail collectif, nous fait du chantage ?! “ou nous continuons de transformer cette ville […] ou bien nous ratons l'opportunité de poursuivre notre développement.” En claire, TINA, There Is No Alternative comme disait la vieille peau de Thatcher. Vous y croyez ça ? Ce mec nous dit qu'on n'a pas le choix ! Que si on n'est pas d'accord, on va tout foutre en l'air et empêcher le développement, de toute façon nous laisse-t-il vraiment le choix ? Mossieur nous raconte qu'il est déterminé à se mobiliser “au service de tous”, baratine autour d'une soit-disant construction collective, mais la décision est déjà prise pour lui. Cette lettre, c'est juste pour nous convaincre de  nous résigner, d'accepter.

C'est ça la “ville partagée ou chacun à sa place” ?
Déjà quelle place pour quelqu'un qui a de moins en moins les moyens de rester ? Parce que c'est trop cher, à cause de la hausse du loyer et du prix de la vie par exemple, conséquence directe de ces grands projets d'urbanisme qui font grimper le foncier. C'est ça le vrai but, chasser le peuple du centre-ville pour un faire un espace spécifiquement bourgeois, comme à Londres ou à Paris. Clermont-Ferrand a été bâtie par la classe ouvrière, mais aujourd'hui, celle-ci fait tâche et n'est pas “attractive”, et on veut une économie du tertiaire. C'est cela à terme, le but d'une telle politique : chasser les prolos dans des quartiers où ils seront moins visibles, en périphérie. Méfions-nous de ces termes si édulcoreux tel que “cadre de vie”, “attractivité”, “investissement”, “urbanisme” lorsqu'on parle de ville, ils signifient l'expulsion de ce qui est beau et populaire pour la construction d'espaces vitrines, des musées de cire visant à attirer les investisseurs et la petite bourgeoisie.
Aujourd'hui, tout cela m'a fait perdre patience, demain je me lèverai pour combattre ces diffuseurs de misère. Je ne veux pas laisser ma ville se faire détruire par les sangsues sans me battre, je refuse ces impôts locaux avec tout le reste ! Aujourd'hui, j'ai perdu patience : bourgeois, politicards, bobos et notables, prenez garde !

Vendredi 26 février 2016, je vais me rassembler avec mes camarades à 18h devant la mairie, lors du conseil municipal pour combattre la hausse des impôts locaux. Je vous conseille à tous de faire de même.

La cause du peuple de décembre-janvier

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La cause du peuple du mois d'octobre

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La cause du peuple du mois de septembre

En ligne : la cause du peuple du mois de septembre.

Cliquer sur la première page ci-dessous


https://drive.google.com/file/d/0B09fafcr1isGcTR3WFhnMFp0anM/view?usp=sharing

dimanche 6 décembre 2015

État d'urgence : la police attaque une manifestation à Nantes

 Publié sur https://nantes.indymedia.org/articles/32590

Une manifestation « contre l'État d'Urgence et la COP 21 » était organisée vendredi 4 décembre au soir à Nantes. Il s'agissait avant tout de ne pas abandonner la rue après l'interdiction de la manifestation parisienne, et de protester contre les assignations à résidences de militants et les perquisitions administratives qui ciblent ouvertement des personnes de confession musulmane. Le rassemblement devait également permettre un temps d'échange, afin de rompre l'isolement et la peur.
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Peu après 18H, le petit rassemblement prend forme, une banderole « ni COP 21 ni État d'Urgence, Résistance » est déployée. Quelques prises de paroles se succèdent, pour faire le point sur le climat sécuritaire actuel. La police n'est pas visible, l'ambiance est calme.

Autour de 18H45, le petit cortège d'environ 150 personnes s'élance en craquant quelques fumigènes. Des gens de tous âges sont présents dans la manifestation. Pour certains, c'est la première manif. Les visages ne sont pas masqués, l'ambiance n'est clairement pas à l'offensive, ni au conflit. Le slogan « État d'Urgence, État policier, ils ne nous enlèveront pas, le droit de manifester » est repris en cœur.

Au bout d'une centaine de mètre à peine, le cortège croise une voiture et des motos de la police municipale. Suit un échange confus. Les flics municipaux font très vite et massivement usage de bombonnes de gaz lacrymogènes et de matraque sur une partie des manifestants.

La scène qui suit est ahurissante. C'est un véritable déchainement de violences policières. Tout se passe en moins de 5 minutes.

Une brigade de la BAC surgit au cœur du cortège, matraques en avant. Ces policiers en civil étaient donc cachés à l'arrière du groupe depuis le début. Un manifestant est plaqué au sol et tabassé, alors qu'une femme cinquantenaire qui crie « pas de violence ! » est elle aussi jetée au sol par les policiers et projetée contre une vitre des galeries Lafayette. Elles reçoit quelques coups. Le manifestant interpellé est copieusement frappé au sol. Il est jeté dans la voiture de police municipale, le visage brulé par les gaz et tordu de douleur. 

Les flics continuent à vider en l'air leurs gazeuses lacrymogènes pour saturer la rue de spray irritant, alors mêmes que les manifestants sont à plus de dix mètres d'eux. L'air est irrespirable.

Des camions de police arrivent immédiatement. Le grand chef de la police – le Directeur Départemental de la Sécurité Publique – est présent au milieu de ses hommes. L'attaque était donc préméditée. Il lâche la charge. Hallucinante. Des policier en armures, casques et bouclier courent à toute vitesse, hurlant, dans une confusion totale, frappant tout-e-s celles et ceux qui passent à leur portée. Un couple de passants reçoit des coups, des client attablés à une terrasse sont effrayés.

Une manifestante qui tenait la banderole témoigne :

« Je tenais la banderole, un flic en uniforme s'est avancé matraque levée en criant. J'ai reculé toujours en tenant la banderole mais sans lui tourner le dos. Il a envoyé des coups de matraque qui ne m'ont pas atteint grâce à la banderole. Comme il s'avançait toujours en donnant des coups, j'ai lâché la banderole et je lui ai tourné le dos. Là, il m'a mis un coup de matraque sur la tête. Je suis tombée. Il a mis d'autres coups quand j'étais au sol. Des gens sont vite arrivés, j'ai pu me relever et là j'ai vu que ça saignait beaucoup. »

Cette manifestante est évacuée à l'hôpital, avec une large plaie sur le crane.

Des passants scandalisés interviennent. Un monsieur habillé en costume, sortant du magasin Decré, s'interpose devant un policier qui s'acharne à coups de matraque contre la jeune femme à terre.

Tout va très vite. Au même moment, un véhicule de la police municipale fonce à pleine vitesse dans un groupe de manifestants qui s'écartent au dernier moment, évitant de justesse de se faire écraser. En démarrant, la voiture avait déjà roulé sur une personne menottée allongée au sol. Le blessé sera évacué vers l'hôpital, inanimé. 

La manifestation est explosée en plusieurs petits groupes. Certains retourneront sur la Place du Bouffay avant de se disperser. Bilan de la manifestation : au moins 2 blessés hospitalisés, des dizaines de personnes gazées, et 2 voire 3 personne interpellées. L'absence de journaliste explique probablement un tel défoulement.

Le défilé aura duré 10 minutes, et parcouru une centaine de mètres, avant de subir un déchainement de violence tout simplement hallucinant et inattendu. Personne n'avait anticipé la possibilité d'une telle agression policière.

Les effectifs policiers, commandés directement sur le terrain par le patron de la police nantaise, avaient clairement pour mission de briser toute bribe de résistance à l'État d'Urgence à Nantes.

Soyons nombreux et nombreuses samedi 12 décembre, Place du Bouffay, à 15H, contre la COP 21, l'Etat d'Urgence et les violences policières !

lundi 30 novembre 2015

Retour sur la journée de lutte du 29 novembre contre la COP21

Publié sur Paris-Luttes.info

Récit à plusieurs mains de la journée contre la COP21, à Paris le dimanche 29 novembre 2015.

Il est midi lorsque nous arrivons sur la place de la République et rien ne laisse présager le tournant que prendra cette manifestation dans quelques heures. Il n’y a pas grand monde, chacun vaque à ses occupations respectives : les uns entassant des chaussures chargées de manifester à la place de leurs propriétaires, les autres partant vers la chaîne humaine, d’autres encore buvant un thè ou cassant la croûte. Quelques militants sont regroupés autour d’une banderole tenue par les organisations libertaires (AL, CGA...) qui donnent de la voix. On peut même trouver un groupe de Japonais suffisamment déterminés à lutter contre le nucléaire pour venir jusqu’ici, en plein état d’urgence.
Pas très loin, un groupe de manifestants en soutien à la Palestine appelle à boycotter Israël et son occupation mortifère (le 29 novembre étant aussi la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien). Des touristes déposant des fleurs devant la statue de la République en hommage aux victimes des derniers attentats, des derviches tourneurs, des skaters, des badauds viennent compléter ce tableau, véritable inventaire à la Prévert.

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Une chose est sûre : il y a des flics partout, plus d’une centaine de camionnettes entourent la place et pas seulement des playmobils antiémeute. Enormément de flics en civil sont disséminés dans la foule, la pesanteur de l’état d’urgence se fait bien ressentir... Impuissance du tas de chaussures, impuissance de la foule clairsemée, éclatée et surveillée. Il règne une sorte de flottement, chacun sachant les raisons pour lesquelles il est venu mais n’ayant aucune idée de la forme que vont prendre les choses. L’installation des cantines qui distribuent des super repas à prix libre permet de détendre provisoirement l’atmosphère. On s’assoit par terre, on se restaure, on prend des forces pour la suite.

Pendant ce temps, malgré l’interdiction et malgré la militarisation, la foule continue de grossir. Nombre de participants à l’éphémère chaîne humaine sont revenus, un peu frustrés. Quelques petits cortèges se forment, commençant à encourager les gens à manifester. Un peu avant 14h, un mouvement un peu sérieux commence à se faire en direction du boulevard Magenta, et la foule, qui s’ennuie manifestement sur la place de la République, se met progressivement en marche, s’intégrant au cortège en cours de constitution.

La place est déjà bloquée à toutes ses issues, nous commençons donc par marcher sur son pourtour jusqu’alors laissé ouvert au trafic automobile. Etrange cortège qui se met en branle et tourne autour de la place, et donc autour de la République, manifestant en rond et en vain sans parvenir à trouver une issue. Dès 14h, nous nous retrouvons absolument nassés. Impossible de quitter la place par les rues adjacentes, les sorties de métro sont elles aussi fermées à la demande de la pref. Voilà donc ceux et celles qui ont bravé l’état d’urgence, enfermés dehors. Nous scandons des slogans contre la COP21 et son monde étouffant, contre l’état d’urgence qui s’abat sur nous, contre la police qui, quand elle ne nous "protégeait" pas encore, assassinait Rémi Fraisse, perpétrait des crimes racistes.

"Si on ne marche pas, ça ne marchera pas", "police partout, justice nulle part", "état d’urgence, État policier, on ne nous empêchera pas de manifester" ou encore le très sobre "liberté, liberté !" sont repris avec force.

Après avoir fait face aux barrages de CRS situés à l’entrée du boulevard Saint-Martin, de la rue du Temple, du boulevard du Temple et du boulevard Voltaire, nous nous engouffrons dans l’ouverture de l’avenue de la République, pas pour longtemps. La ligne de CRS est présente là aussi. Dans un premier temps les manifestants tentent de passer pacifiquement. Au bout de quelques secondes tout le monde est aspergé par des gazeuses.

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Après une bonne dizaine de minutes de "contact" où certains et certaines essayent de déborder la ligne de CRS, les flics commencent à taper plus fort et à re-gazer abondamment les premiers rangs. Nous finissons par refluer sur la place, et c’est reparti pour un tour.

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Rue du Faubourg du Temple, boulevard Magenta... Toujours à quelques milliers, dans une ambiance plutôt déterminée et joyeuse : on manifeste, malgré leur interdiction minable, nous les défions, sur cette place censée incarner la citoyenneté et l’unité nationale. Convaincus que nos idées sont importantes, qu’elles méritent d’être défendues en dépit de l’injonction venue d’en haut de nous regrouper autour de valeurs supposées communes. Nous sommes là pour dire nous ne voulons pas de leur protection, que nous n’approuvons pas leur déferlement sécuritaire, la répression des composantes les plus faibles et discriminées de la population. Pas de trêve entre nous et l’Etat ! Pas de complaisance envers le cirque de la COP21, la destruction concertée et mesurée du monde. Nous l’avions déjà dit il y a longtemps : la COP sera sociale ou ne sera pas !

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Avant 15h, nous sommes donc bel et bien enfermés place de la République. Ceux qui nous bloquent et nous lançent des gaz commencent à recevoir quelques projectiles. Rien de bien méchant, d’ailleurs, il n’y aurait apparemment aucun blessé de leur côté. A l’entrée de la rue du Temple, les projectiles qui leur pleuvent dessus commençent à se faire plus nombreux et ils nous renvoient donc les leurs. Assez graduellement mais dans un temps court ce sont d’abord quelques grenades lacrymogènes, puis des grenades offensives ou de désencerclement qui sont tirées en nombre. Des dizaines de projectiles en caoutchouc dur seront retrouvés plus tard sur la place. Les tirs se font de plus en plus tendus, au niveau des visages. Certains manifestants sont blessés par des éclats. Mais qui bloquait qui ? Qui défendait les pompiers pyromanes réunis au Bourget, censés oeuvrer pour le bien de l’humanité ? Qui s’est arrogé le droit d’assigner nos camarades à résidence, de les surveiller des mois voire des années à l’avance ?

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Les grenades lacrymogènes continuent de pleuvoir, leurs gaz envahissant peu à peu toute la place, chassant notamment les personnes regroupées autour du mémorial pour les victimes du 13 novembre (la rue du Temple, d’où partaient les tirs, est à une centaine de mètres du monument). Le scénario qui se reproduit ensuite rappelle les manifs de l’été 2014, quand le gouvernement Valls se plaisait à interdire les manifestations de soutien au peuple palestinien (il n’avait pas eu besoin d’état d’urgence pour ça) : gros nuage de gaz, les manifestants refluent, puis reviennent. La tension ne cesse évidemment de monter et chaque fois que les gaz se dissipent, les projectiles pleuvent plus drus sur les lignes policières, à différents endroits de la place. Sauf que cette fois, il n’y a pas que des mottes de terre disponibles sur cette place aseptisée. Les chaussures, qui demeuraient jusqu’à présent impuissantes, étalées dans un coin de la place, viennent à s’écraser sur les visières des CRS, retrouvant là leur vraie fonction.

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Quelques bougies volent accompagnées de leurs bocaux en verre. Il ne faut pas y voir une marque d’irrespect envers les victimes du 13 novembre, nous sommes nombreux à trouver que le drapeau tricolore et l’état d’urgence insultent bien plus leur mémoire.

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Puis les forces de l’ordre pénètrent sur la place de la République par centaines, d’abord depuis le boulevard Voltaire, puis par le boulevard du Temple, rabattant tout le monde sur leur passage, véritable déferlante de bleu, par laquelle l’Etat entend montrer son intransigeance envers toute forme de contestation. Ces deux lignes sont suivies par une cohorte de flics en civil, massés à l’entrée de l’avenue de la République, puis par les autres, encerclant tous les manifestants. Cette place, incontrôlable durant quelques instants redevient alors le piège prévu par l’urbanisme sécuritaire parisien.

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S’étant rendus maîtres de l’espace, les flics font ce qu’ils veulent. Ils mattraquent à tout va, saccagent les fameuses bougies devant la statue de la République et mettent en nasse plusieurs centaines de personnes. Il y en aura deux : l’une à l’entrée de la rue du Faubourg du Temple, l’autre sur la place au niveau du Boulevard Magenta.

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Les flics piétinent le mémorial place de la République - 2 Mo
Les flics piétinent le mémorial place de la République
La plupart des copains énervés ont fait cramer leurs déguisements noirs dans une poubelle et au pied d’un arbre avant de se disperser et de quitter la place. Les deux jolis feux de joie sont bientôt éteints par les bleus. Restent les clowns, les pacifistes, les acrobates et pas mal d’entre nous qui, bien qu’encerclés, constatent que l’ambiance s’est un peu détendue. Les deux groupes nassés sont séparés, les chants rebondissent d’un côté et de l’autre, plutôt bon enfant. On se fout de la gueule des flics, l’attroupement prend des allures de spectacle de rue. Peu à peu ils resserrent la zone, les coups de matraques dans la tête, les gens traînés par terre, le gazage directement dans leurs yeux rappellent aux pacifistes assis sur le pavé qu’un CRS est toujours partant pour nous casser la gueule.

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A partir de ce moment ce sera l’arbitraire le plus total. Certaines et certains sont envoyés dans différents commissariats, d’autres restent parqués. L’ambiance est assez surréaliste. Nous sommes environ 150 entourés d’un dispositif massif dans un coin de la place. Le campement s’organise sous le regard vitreux des soldats. On se retrouve à pisser contre le mur dont on comprend qu’il est celui de la caserne de République. Deux copains grimpent à l’arbre pour y planter un drapeau "Pace". Une sono a été nassée avec nous et le tout prend l’allure d’une rave partie où la drum & bass se ponctue de chants anti-flics. On bêle pour moquer ces moutons, on scande "Appellez la police, nous sommes séquestrés". Sur les portables, on apprend que Le Figaro nous traite "des manifestants les plus durs" et qu’Hollande nous trouve "scandaleux", ça fait rire tout le monde. Les flics réagissent régulièrement en attrapant au hasard l’un de nous qui est traîné dans un camion où il reste pendant des heures à communiquer avec ceux toujours dehors. Peu avant 20h, les bleus tentent de communiquer avec nous au mégaphone alors qu’un deuxième bus est arrivé pour nous embarquer et que certains ont été violemment arrachés à la foule. On refuse de croire leurs mensonges et d’être libérés sans nos camarades. Deux couloirs sont finalement organisés et nous sommes libérés après une palpation assez légère et sans contrôle d’identité. Un CRS ravi nous lâche "allez à demain, on s’est bien marrés aujourd’hui".

Durant tout ce temps et jusqu’à la fin, les personnes qui avaient d’une manière ou d’une autre pu s’échapper du "grand ratissage" reviennent en soutien aux personnes nassées. Les profils sont très hétérogènes et, contrairement à ce qu’essayent de raconter la préf’ et les mass médias, il n’y avait pas que des encagoulés présents. De nombreuses personnes sont restées, se sont mises en danger, par soutien aux autres manifestants et pour défier l’état d’urgence. Une manif sauvage de 150 à 200 personnes s’est formée à ce moment-là derrière les barrages côté grands boulevards et est joyeusement partie défiler jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les fics et dispersée vers Stalingrad. Malgré la répression aveugle de la préfecture de police qui aurait encore pu blesser grièvement un manifestant, il y avait quand même une certaine énergie sur la place où les clivages classiques entre gentils manifestants vs méchants encagoulés ont partiellement sauté devant l’urgence de la situation à ne pas abandonner la rue.

Gageons que cette énergie reste vivante dans les semaines et les mois à venir.

Ne nous leurrons pas : nous avons réussi à manifester, de diverses manières, mais nous n’avons certainement pas enrayé le programme en cours d’élaboration pendant cette conférence climatique, dont les objectifs actuels, 2C° de réchauffement "seulement", stupidement criminels pour des millions d’êtres humains, ne seront pas même atteints. Programme délirant comprenant la promotion de solutions énergétiques de remplacement ultra dangereuses comme le nucléaire, des mesures d’apprentis-sorciers envisagées telles que la géo-ingéniérie mais (évidemment !) une absence totale de remise en cause de la principale cause du changement climatique, la croissance industrielle infinie exigée par le capitalisme pour sa propre survie.

Les critiques qui ne manqueront pas de pleuvoir sur la supposée irresponsabilité des manifestants radicaux ne contribueront qu’à masquer davantage à quel point cette radicalité se place en-dessous de ce qu’une telle situation appellerait comme réactions de notre part. De cette journée du 29, il faut surtout retenir ce message : nous sommes déterminés à lutter, quels que soient les obstacles qui viendront entraver notre route. Reste à répondre à cette question, toujours en suspens : comment lutter ?

Des membres de l’automédia de l’AG antiCOP21

PS : à l’heure où cet article est publié (le 30 novembre), la police fait état pour la seule journée du 29 novembre de 341 interpellations, dont 317 suivies d’une garde-à-vue.